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L’histoire, le vignoble et les valeurs portées

##PHOTO, parchemin, croquis…

Il était une fois au 10eme siècle…

Le domaine de LAGOY a été habité à une époque très ancienne, remontant au moins à l’époque gallo-romaine. Au Xème siècle, il forme encore une villa – « villa de Lagozes » -, avec son « vicus » (petit bourg), groupé autour de la chapelle de Saint Paul (aujourd’hui Saint Bonet). Ce petit village, qualifié au Moyen Age de castrum, comptera encore vingt-quatre familles en 1353 et sera abandonné deux siècles plus tard. Seule en subsiste la chapelle (voir photo), le bâtiment le plus ancien du domaine.

Une légende familiale veut que le nom de Lagoy vienne du mot « lièvre » en grec (lagôs) : l’explication serait que le lièvre courant plus vite en montant à cause de la longueur de ses pattes arrière se réfugierait volontiers sur des buttes comme celle où se trouvait justement l’ancien village entourant la chapelle toujours existante. Cette hypothèse est probablement peu scientifique !
Il est plus probable que le nom de Lagoy dérive du vieux français « la Gaude « qui signifie » lieu creux et humide » et serait devenu « Lagauze » en occitan.

Vers l’An Mil le fief de Lagoy paraît avoir été divisé entre le Comte de Provence et le seigneur d’Eyragues, qui y jouissaient de droits féodaux depuis plusieurs générations.

Le premier acte connu de l’inféodation de Lagoy est celui par lequel, le 25 mars 1208, Alphonse II, Comte de Provence, érige en fief au profit de deux frères, Bérenger et Pons de Mataron, le village et lieu de Lagoy, avec ses habitants, hommes et femmes, et avec les droits de justice et les bénéfices.

Fin XIIIème siècle le domaine rentre dans la famille d’Albe, puis vers 1475 dans la famille de Sade, et enfin, en 1632 par mariage de Marguerite de Sade et de Gaspard de Forbin, dans la famille Forbin.

Alors commencent les constructions seigneuriales à Lagoy : dès le mois de décembre 1633, en effet, Marguerite de Sade et son mari, Gaspard de Forbin, passent « prixfait » avec Daniel et Jacques Feautrier, maîtres maçons de Saint-Rémy, pour l’érection d’un pigeonnier, qui existe encore aujourd’hui « moyenant le pris et somme de troys cent livres tournois ».

Le pigeonnier du Domaine de Lagoy

Le pigeonnier du Domaine de Lagoy

La construction du château de Lagoy

Puis, le 7 mars 1634, ils passent à nouveau prixfait avec les mêmes maçons pour la construction, en sus du pigeonnier, du premier château de Lagoy, dont aujourd’hui seul subsiste le rez de chaussée, inclus dans le château actuel dont la construction commencera un siècle plus tard.

Pour ces constructions, les maçons sont autorisés à prendre autant de pierres que de besoin provenant du vieux village de Lagoy, inhabité depuis plus d’un siècle et dont la démolition commence donc à cette époque.

Le domaine de Lagoy restera 45 années seulement dans la famille Forbin, les enfants de Marguerite et de Gaspard s’en désintéressent et par acte du 7 juillet 1677, enfin, François Louis de Forbin vend la terre et baronnie de Lagoy, au prix de 93 000 livres, à Jean de Meyran Lacetta, citoyen de la ville d’Arles et seigneur de Nans, près de Saint Maximin, notre aïeul.

C’est ainsi que le domaine de Lagoy est entré dans notre famille, et ne l’a pas quitté depuis.

LAGOY sous les Meyran

Très vite Jean de Meyran prend en main la propriété, organise des réparations dans différents mas qui existent encore aujourd’hui et entreprend également des plantations :

« L’an 1678 et le 18 9bre j’ay doné cent et dix livres à Girard le jardinier de     St Remy a compte de trois mil amandiers et cinq cents meuriers qu’il me doit planter à ma terre de Lagoy, les amandiers à trois sols et six deniers et les meuriers à cinq sols […].» Les mûriers, précise-t-il, devront être de la même grosseur que les trois cents qu’il a déjà commandés l’année précédente.

« Lan 1679 et le 26 e janvier j’ay doné à prix fait à Bérard de St Remy les trous de deux mil olliviers que je veux faire planter a Lagoy a onse deniers le trou ».

La demeure construite par Marguerite de Sade et Gaspard de Forbin, malgré la tour qui la flanquait, ressemblait plus à un gros mas qu’à un château. Jean de Meyran Lacetta commande donc en 1685 à Jean Chanterel, Claude Michel, Jean Brun et Gabriel Cabassud, maîtres maçons de Saint Remy, la construction d’une demeure plus digne de son rang. Mais il ne donne pas suite à ce projet, et ce n’est qu’en 1714 que son fils Joseph Etienne entreprendra la construction du château actuel.

Jean de Meyran Lacetta est, pour l’année 1687, élu premier consul de la ville d’Aix et nommé Premier Procureur du Pays de Provence. Puis, en 1696, il achète la charge de gouverneur de Saint-Rémy.
Il fait le récit de son intronisation : « L’an 1697 et le 14 du mois de mai, j’ai prêté le serment entre les mains de Mr Le Bret, premier président et intendant de Provence, pour le gouvernement de la ville de St Remy, dans laquelle ville l’on m’a reçu le 2e du mois de juin suivant. Messieurs les maire et consuls en chaperon me sont venus recevoir hors la porte de la dite ville de Saint- Rémy, accompagnés lesdits consuls  presque de tous leur habitants et ont faict tirer une trentaine de boëtes a mon arrivée a leur dite porte – entre le logis de la rode et le mas de Beuil, j’ai trouvé une compagnie de dragons a cheval que commandait le Sieur Espelly au nombre de cinquante cinq qui ont fait un grand feu a mon approche, et étant arrivé aux jardins i’ay encor rencontré l’infanterie commandée par Mr Clou de deus compagnies de cinquante hommes qui ont fait encor un fort grand feu, i’étais accompagné de plus de vingt et cinq gentilshommes d’Arles […] ».

Désireux désormais d’obtenir l’érection de sa terre en marquisat, le Baron de Lagoy s’enquiert des démarches à entreprendre. « Il faut », lui conseille-t-on, « qu’il fasse parler quelques personnes de considération à Monsieur le chancelier de qui cela depend. Monsieur le cardinal de Janson ou Monsieur le duc de la Tremoille obtiendront facilement la chose […].»

Le conseil a été bon puisque la terre de Lagoy est érigée en marquisat par lettres patentes données à Versailles en novembre 1702.

De 1705 à 1707, le nouveau marquis fait construire par Barthelemy Astier, maçon d’Orgon, un moulin à huile à proximité du pigeonnier. Ce moulin est encore bien visible aujourd’hui. Il décède en 1709.

Moulin à huile à proximité du pigeonnier.

Moulin à huile à proximité du pigeonnier.

Son fils, Joseph Etienne, est né à Arles en 1668.

Successeur de son père dans la charge de gouverneur de Saint-Rémy, qu’il conservera jusqu’en 1722, il est élu Consul d’Arles à plusieurs reprises. En septembre 1714, la Reine d’Espagne passant par Arles, il raconte avec fierté : « j’ay eu l’honneur avec les trois consuls, mes collègues, de lui baiser la main, après la messe le lendemain de son arrivée […]. »

C’est lui qui entreprend la construction du château actuel.

Château de Lagoy, à 5 minutes de St Rémy de Provence

Château de Lagoy, au nord de St Rémy de Provence

Un nouveau prixfait est établi par Julien Clastre, maître maçon, et, en 1713 et 1714, Joseph Etienne mentionne les premières dépenses relatives à la construction de sa « bâtisse de Lagoy ».

En décembre 1715, le Marquis de Lagoy, comme l’avait été son père, est nommé par le Roi Premier Procureur du Pays de Provence. « C’est, explique-t-il, Monsieur le Marquis de Simiane qui m’avait proposé comme étant de mes vieux amis, qui a souhaité de remettre son chaperon à un de ses amis.». Son installation a lieu en 1716 : « Le dimanche 29e mars, mes collègues et moi avons été installés. J’ay donné à manger à 100 personnes, Monsieur le Maréchal de Villars en tête avec tous gens choisis […] ».

En 1774, profitant de ce que son voisin, le Marquis de Barbentane, ambassadeur auprès du Grand Duc de Toscane, a fait venir des marbres d’Italie pour orner son château, le Marquis de Lagoy lui demande d’en faire venir pour lui.
Les frères Roux, de Marseille, lui font donc livrer cette année-là 45 caisses de petits marbres, 18 caisses de tables et autres marbres, 900 carreaux de marbre blanc et bleu, 1024 carreaux de marbres grands et petits pour paver, et 2 tables de marbre.
L’année suivante, ils livrent encore 328 carreaux de marbre, 36 tables ou tablettes de marbre et cinq caisses. La Révolution, hélas, n’en laissera rien subsister.

Le plus connu des membres de la famille est son petit-fils, Jean Baptiste Florentin Gabriel, né à Arles en 1764, héritier de Lagoy à la mort de son grand père en 1781.

##Photo JBF

Au début de la Révolution, il séjourne tantôt à Arles, tantôt à Saint Rémy. De Paris, son ami le Chevalier de Bausset, lui donne, non sans humour, des nouvelles des événements. Le 21 juin 1790, il écrit : « je crois aussi avoir vu au château de Lagoy vos armes sculptées sur la façade, hé vite, hé vite a bas tout cela, nous n’en voulons plu »

Dès cette année, le fief de Lagoy est annexé au territoire de Saint-Rémy. Les troubles qui règnent en Provence obligent le Marquis de Lagoy à quitter Saint-Rémy en novembre 1791. Dans un premier temps, il se réfugie à Paris. C’est là qu’il apprendra que le château de Lagoy a été entièrement dévasté et vandalisé intérieurement (les carreaux de marbre au sol ont même été détruits). A l’extérieur, heureusement, les bâtiments sont intacts ; seules les armes figurant au fronton ont été martelées. Le Chevalier de Bausset avait vu juste…

Mais le domaine est menacé d’être vendu comme bien d’émigré. Jean Baptiste proteste auprès des autorités de Saint Remy, qui s’empressent de lui répondre :

« Citoyen,

« Nous avons reçu avec satisfaction la lettre que vous nous avez écrite, et nous serions véritablement sensibles aux remercîments que vous nous faites si les précautions que nous avons pris dictée plutôt par l’impulsion de nos cœurs que par les devoirs de nos charges, avoient pu éviter les dévastations que vous avez essuyée. Malheureusement pour vous, nous avons eu la cruelle douleur de voir que toutes nos démarches quoique faites à propos n’ont pas produit tous les effets que nous aurions désiré.

« Nous avons à la vérité suspecté votre certificat mais la circonstance l’exigeait et nous n’avons en cela rempli que notre devoir, mais malgré cette suspicion de nécessité, nous n’avons pas négligé un seul instant de veiller sur vos propriétés et il a été publié un arrêtté le trois du courant qui menace de toute la rigueur des loix tout individu qui oseroit y attenter. »

« Votre lettre a été lue à la société et tous les membres ont individuellement juré de dénoncer ceux qui se permettroient d’aller dans vos propriétés pour les dévaster, ils ont fait ce serment de très grand cœur et ils ne seront certainement pas parjures.

« Ainsi, citoyen, soyez tranquile pour l’avenir nous vous assurons que notre vigilance sera dans la plus grande activité et que nous parviendrons au but que nous désirons.

« Les Maire et officiers municipaux

« Geoffroy off mpl                  Louvrel off municipal           Martin  maire

                                               « Hirisson off mp »

Mieux vaut tard que jamais …

A Lagoy, les dommages sont considérables.

Quittant Paris, le Marquis de Lagoy va s’installer à Chartres, où il enseigne le dessin pour gagner sa vie. Le 7 prairial An III, le secrétaire du jury des écoles centrales lui demande son assistance « dans l’examen à faire d’un professeur des arts du dessin » et, par arrêté du Comité de Salut Public de la Convention Nationale du 15 pluviôse An III, « Le citoyen Jean Baptiste Gabriel Florentin Meyran Lagoy, ancien militaire, est mis en réquisition comme artiste dessinateur».

En septembre 1795, le Marquis de Lagoy se fixe à nouveau à Paris après un voyage en Provence pour se faire définitivement rayer de la liste des émigrés. Il y demeure jusqu’en 1806, année de la mort de sa femme, où il rentre en Provence.

 

Nommé commandant de la Garde Nationale d’Aix-en-Provence en décembre 1813, il est élu député des Bouches-du-Rhône une première fois en 1815, et le restera jusqu’en 1821. Il se présente à nouveau aux élections législatives de 1827 et retrouve son siège, qu’il conservera jusqu’à sa mort, survenue le 1er septembre 1829.

Le Baron de Frénilly, pourtant peu enclin à la bienveillance envers ses contemporains, écrit de lui :

« Il avait été un très joli homme, d’une tournure fort distinguée, plein de grâces, facile à vivre, avec de l’esprit, quelque originalité et des dispositions surprenantes à tout ce qu’il voulait entreprendre. Je l’ai vu s’adonner à la musique et devenir promptement un violon de la seconde force; se livrer ensuite à la peinture, devenir un dessinateur charmant, un connaisseur de premier ordre, et amasser une collection très précieuse de dessins originaux des grands maîtres; enfin s’engouer de la science numismatique, devenir un oracle parmi les antiquaires et amasser une superbe collection de médailles. C’était son dernier goût quand la mort nous l’a enlevé. Sa nomination à la Chambre des députés nous l’avait rendu après une longue séparation. Jamais on ne fut plus modestement et même plus mystérieusement savant que lui. »

***

Louis Roger Xavier de Meyran, son fils, était né à Saint Rémy le 11 juillet 1789, trois jours avant la prise de la Bastille.

L’un des plus savants numismates de son temps, le Marquis de Lagoy est élu membre correspondant de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres et publie de nombreuses plaquettes de numismatique. C’est lui qui est à l’origine des fouilles de Glanum.

##Photo Glanum et lien

En 1868, Lagoy est le théâtre d’un événement historique : la découverte du phylloxéra par le père du peintre Frédéric Bazille.

Le petit fils de Louis Roger sera le dernier marquis de Lagoy, la propriété se transmettant jusqu’à ce jour par les filles.

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