Festivités

Les traditions autours du domaine

La Fête de St Bonet – Traditions provençales

Dans le domaine de Lagoy se trouve, sur une petite éminence, la chapelle romane de Saint-Bonet,  du XI ème siècle – édifice  le plus ancien de la propriété, autrefois l’église paroissiale d’un petit village ou « castrum », disparu à la fin du Moyen-Âge, qui a donné son nom, Lagoy (d’origine gauloise et signifiant « la source »), au château et au domaine tout entier. Comme souvent, ce village médiéval était lui-même l’héritier d’une villa antique. Le chevet de l’église primitive, datant du VIIIème siècle, est incorporé dans la chapelle actuelle, qui reçut au XVIIème siècle, dans le cadre des nouvelles dévotions associées à la Contre-Réforme, son nom actuel de Saint-Bonet, évêque de Clermont mort en 710 qui est aussi le Saint Patron de la petite ville voisine d’Eyragues. C’est aussi un saint qui a accompli plusieurs miracles. A ce titre, il est un saint guérisseur, que l’on évoque notamment pour les maux de ventre et les fièvres malignes. Ce qui explique que la chapelle soit garnie d’ex-voto montrant la reconnaissance des pèlerins guéris

La chapelle du Domaine de Lagoy

La chapelle du Domaine de Lagoy

On y célèbre chaque année, vers mi-janvier, la fête du saint, une tradition multi séculaire chère au cœur des Saint-Rémois. La messe en l’honneur de Saint Bonet y est dite et chantée en provençal, et se termine par une procession : tous les participants font trois fois le tour de la chapelle, tambourinaires en tête, en récitant un chapelet. La fête se prolonge autour d’un vin chaud (de Lagoy !) dans la cour du château. Certaines Saint-Rémoises revêtent pour l’occasion leur costume arlésien.

Fête du Saint, à St Rémy de Provence - Autour de la chapelle

Fête du Saint, à St Rémy de Provence – Autour de la chapelle

Le domaine de Lagoy se trouve en effet au nord du pays d’Arles, dans la partie rhodanienne de la Provence, entre Alpilles, Rhône et Durance , dont les traditions pluriséculaires et la culture originale connurent une renaissance spectaculaire dans la seconde moitié du XIXème siècle avec la création du  Félibrige, groupe de sept poètes provençaux sous l’égide de Frédéric Mistral. Né à Maillane, village à quelques km de Saint-Rémy et de Lagoy, Mistral veut redonner au provençal qui est sa langue maternelle, toute la place qu’il mérite. Il travaille depuis longtemps avec le saint-rémois Joseph Roumanille à l’élaboration d’une graphie et d’une grammaire proche du parlé des gens du peuple. Il va donner au provençal ses plus illustres œuvres littéraires.

La plus célèbre est l’ épopée provençale Mireille (Mirèio en provençal) pour laquelle il obtiendra le prix Nobel de littérature en 1904. Le ton grave et la beauté secrète de Mireille, que l’on retrouva plus tard chez d’autres grands provençaux comme Bosco, Giono ou Char, s’opposent comme en contrepoint à l’image gaie et bruyante qui est aussi celle des fêtes provençales. Ainsi à Saint-Rémy, autour du 15 août, la féria (grande fête populaire autour du 15 août avec lâchers de taureaux ou courses camarguaises dans les arènes, etc.) ou le défilé de la carreto ramado (une grande charrette tirée par des chevaux de trait et décorée des produits du terroir qui défile sur le cours de Saint-Rémy, précédée de saint-rémoises en habit d’Arlésiennes et au son des tambourinaires) sont autant d’exemples éclatants de traditions bien vivantes.

 

Mireille est un succès littéraire, distingué par l’Académie Française. Mistral aurait alors pu commencer une carrière littéraire parisienne à l’image d’Alphonse Daudet (originaire de Nîmes). Mais cela aurait signifié abandonner le provençal et écrire en français. Il n’en est bien sûr pas question.
Il prend alors la résolution de consacrer sa vie à la Provence et au provençal. Voici comment, dans ses Mémoires et Récits, écrits en provençal à la fin de sa vie, Mistral évoque la naissance de son grand projet ; il vient de rentrer dans sa maison natale, le Mas du Juge à Maillane après avoir terminé ses études de droit :
« et là même, – à cette heure, j’avais mes vingt et un ans, – le pied sur le seuil du Mas paternel, les yeux vers les Alpilles, en moi et de moi-même, je pris la résolution […] de rendre la vogue au provençal par l’influx et la flamme de la divine poésie. Tout cela, vaguement, bourdonnait en mon âme ; mais je le sentais comme je vous le dis.
Et plein de ce remous, de ce bouillonnement de sève provençale qui me gonflait le cœur, libre d’inclination envers toute maîtrise ou influence littéraire, fort de l’indépendance qui me donnait des ailes, assuré que plus rien ne viendrait me déranger, un soir, par les semailles, à la vue des laboureurs qui suivaient en chantant la charrue dans la raie, j’entamai, gloire à Dieu ! le premier chant de Mireille. »

Et d’ajouter : « Le Mas du Juge, à cette époque, était un vrai foyer de poésie limpide, biblique et idyllique. N’était-il pas vivant, chantant autour de moi, ce poème de Provence avec son fond d’azur et son encadrement d’Alpilles ? L’on n’avait qu’à sortir pour s’en trouver tout ébloui. »

Ailleurs dans ses Mémoires, Mistral mentionne Lagoy dans un curieux souvenir d’enfance : le jeune Maillanais, faisant à 8 ans l’école buissonnière, se retrouva à passer la nuit, caché dans un vieux tonneau, dans une ferme abandonnée, quand soudain surgit un loup, « un loup énorme avec deux yeux qui brillaient comme deux chandelles ! ».
Et le poète poursuit :
« Ah çà ! dis-je, ce n’est pas tout : si cette bête vient à s’apercevoir que la tonne est défoncée, elle va sauter dedans et, d’un coup de dents, elle t’étrangle… Si tu pouvais trouver quelque stratagème… À un mouvement que je fis, le loup, qui l’entendit, revint d’un bond vers le tonneau, et le voilà qui tourne autour et qui fouette les douves avec sa longue queue. Je passe ma menotte, doucement, par bonde, je saisis la queue, je la tire en dedans et je l’empoigne des deux mains. Le loup, comme s’il eût les cinq cent diables à ses trousses, part, traînant le tonneau, à travers cultures, à travers cailloux, à travers vignobles. Nous dûmes rouler ensemble toutes les montées et descentes d’Eyragues, de Lagoy et de Bourbourel. »
Le tonneau finit par se rompre, et le petit Frédéric de rentrer en courant dans la ferme de son père – inutile de préciser que personne ne crut à son récit ! On aura reconnu, au passage, les vignobles de Lagoy, au sommet du plateau caillouteux de la petite Crau…